Bonne Allure
S'inscrireConnexion
Articles / Entraînement
Entraînement

Préparer une course de ski-alpinisme

5 min de lecture 12 mars 2026
ski-alpinisme

Le ski-alpinisme est probablement la discipline d'endurance la plus complète et la plus exigeante. Tu montes pendant des heures avec des peaux de phoque, tu gères des conversions sur des pentes raides, tu portes tes skis sur le dos dans les passages techniques, et tu descends à fond sur des terrains variés. Tout ça en altitude, souvent de nuit, parfois par -15 degC. C'est brutal, c'est beau, et ça se prépare sérieusement.

Les spécificités du ski-alpinisme

Le dénivelé positif : le nerf de la guerre

Une course de ski-alpi, c'est avant tout de la montée. La Patrouille des Glaciers (PDG) version Zermatt-Verbier, c'est 3994m de D+ sur 53 km. La Trofeo Mezzalama, c'est 2600m D+ avec des passages à plus de 4000m d'altitude. Ton corps doit être capable de produire un effort soutenu en montée pendant 4 à 12 heures selon la course.

Le portage

Quand la pente est trop raide ou la neige trop dure pour les peaux, tu mets les skis sur le sac et tu montes à pied avec les crampons. Le portage charge les épaules, le dos et les mollets différemment de la montée à ski. Ça se travaille spécifiquement.

La technique de montée

Les conversions (kick-turns) en pente raide sont un geste technique qui s'automatise avec la pratique. En course, une conversion fluide te fait gagner de l'énergie et du temps. Une conversion ratée sur une pente à 35 degrés, c'est une galère qui te coûte des minutes et du mental.

La descente

Souvent négligée dans la préparation, la descente en conditions de course (neige variable, fatigue, visibilité réduite) est un facteur de performance et de sécurité. Un bon descendeur récupère en descente. Un mauvais descendeur s'épuise et se met en danger.

L'altitude

Au-dessus de 3000m, la performance aérobie chute d'environ 5-7% par tranche de 1000m. Le froid accentue la dépense énergétique. L'air sec déshydrate plus vite. Si ta course passe en altitude, il faut au minimum quelques sorties d'acclimatation.

Construire ta préparation

Base aérobie : vélo et course comme fondation

Le foncier en ski-alpi repose sur les mêmes principes que les autres sports d'endurance. De l'automne à décembre, tu construis ta base avec :

  • Course à pied : volume en Z2, idéalement avec du dénivelé (trail). 3-4 sorties/semaine.
  • Vélo : route ou VTT pour le volume aérobie sans impact. 2-3 sorties/semaine.
  • Randonnée rapide : montées soutenues avec bâtons, excellent transfert vers le ski de rando.
  • Renforcement : squats, fentes, mollets, gainage. Les cuisses encaissent énormément en ski-alpi.

Phase spécifique : ski de randonnée (janvier-mars)

Dès que la neige est là, tu bascules progressivement vers le ski de rando :

  • Sorties longues en peaux : 3-5h à rythme modéré, accumulation de D+. Le Grammont, les Diablerets, la Haute-Route en version entraînement.
  • Montées chronométrées : répétitions de montées courtes (20-40 min) à haute intensité. Le couloir de Mayen au-dessus de Leysin ou la Berneuse sont parfaits pour ça.
  • Travail technique : conversions sur pentes variées, cramponnage, portage. Prends le temps de les faire proprement en entraînement.
  • Sorties de nuit : si ta course est nocturne (la PDG part à minuit), habitue-toi à l'effort de nuit. Le corps réagit différemment.

Séances spécifiques

  • Intervalles montée : 5-8 x 10 min montée au seuil, descente récup. Excellent pour la puissance en montée.
  • Longue sortie D+ : 1500-2500m de D+ en une sortie, rythme course. Simulation partielle.
  • Brique ski + portage : montée en peaux + section de portage skis au sac + reprise en peaux. Habituer le corps aux changements.
  • Descente technique : séances dédiées à la descente sur neige variable, avec fatigue préalable.

Le matériel : chaque gramme compte

En ski-alpi de compétition, le poids est obsessionnel. Quelques repères :

  • Skis : 700-900g la paire pour la compétition, 1200-1500g pour l'entraînement. Les Dynafit DNA ou Movement Race Pro sont des références.
  • Fixations : Low-tech (type Dynafit), 150-250g la paire. Pas de compromis sur la sécurité en descente.
  • Chaussures : 500-800g la paire en compétition (Scarpa Alien, Dynafit DNA). Tu gagnes énormément sur le poids des chaussures.
  • Peaux : mohair pour la glisse, mix mohair-synthétique pour l'accroche. Coupe ajustée pour minimiser la surface.
  • Sac : 5-10L max en course, juste le matériel obligatoire. Vérifie la liste imposée.

Le matériel léger coûte cher. Commence par t'entraîner avec du matériel standard et investis progressivement dans l'allègement une fois que tu sais ce qui compte pour toi.

Les courses en Suisse romande

Notre région est un terrain de jeu extraordinaire pour le ski-alpinisme :

  • Patrouille des Glaciers (PDG) : Zermatt-Verbier ou Arolla-Verbier. La course mythique, par équipe de trois. Sélection par qualification.
  • Trophée du Muveran : course populaire autour des Muverans, accessible et magnifique.
  • Tour du Rutor (Italie, mais proche) : course par étapes sur 3 jours.
  • Courses régionales : Sprint de Verbier, Trace de l'Ours, nombreuses courses cantonales.

La PDG est souvent l'objectif ultime. C'est une course qui se prépare sur 1-2 ans, avec une qualification préalable et un entraînement par équipe indispensable. L'entente dans l'équipe compte autant que la condition physique.

En résumé

  • Le ski-alpi se construit sur une base aérobie solide en course et vélo, puis se spécialise dès les premières neiges.
  • Travaille la montée en intensité (intervalles en peaux) et en volume (longues sorties D+).
  • Ne néglige pas la technique : conversions, portage et descente font partie de la performance.
  • Le matériel léger est un avantage réel, mais la condition physique prime toujours.
  • La PDG est le Graal. Prépare-la sur deux saisons minimum, avec tes coéquipiers.

Envie d'aller plus loin ?

Rejoins la communaute pour acceder a tous les articles, parcours GPX et evenements.