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Mental & stratégie

Quand le mental lâche : traverser le creux

4 min de lecture 12 mars 2026
trail

Si tu fais de l'ultra ou du trail long, tu vas connaître le creux. Ce moment où tout ton corps et ton cerveau te disent d'arrêter. Les jambes pèsent une tonne, l'estomac proteste, et la petite voix intérieure murmure : "Pourquoi tu fais ça, déjà ?". Bonne nouvelle : ça passe. Et tu peux apprendre à traverser.

Le creux, c'est quoi exactement ?

C'est un passage à vide simultané — physique et mental. En ultra, il arrive souvent entre le km 60 et le km 90 (sur un 100 km) ou entre la 8e et la 12e heure. Le corps a brûlé ses réserves de glycogène, la fatigue musculaire s'accumule, la privation de sommeil commence à peser. Le cerveau, en mode protection, t'envoie des signaux d'alarme massifs.

Ce qu'il faut comprendre : le creux n'est pas un signe que tu dois abandonner. C'est un signal que ton corps traverse une phase d'adaptation. Et dans 90% des cas, ça passe si tu gères correctement.

Technique 1 : découper en micro-objectifs

Quand il reste 40 km, c'est écrasant. Alors on ne pense plus en kilomètres. On pense en micro-objectifs :

  • "Jusqu'au prochain ravitaillement" (souvent 5-10 km)
  • "Jusqu'au prochain virage"
  • "Encore 100 pas en courant, puis je marche 50"
  • "Jusqu'à cette pancarte là-bas"

Chaque micro-objectif atteint est une petite victoire. Et les petites victoires s'accumulent.

Technique 2 : se parler à voix haute

Ça a l'air ridicule, mais c'est redoutablement efficace. En ultra, tu es souvent seul pendant des heures. Le dialogue interne devient toxique ("j'ai mal", "c'est trop loin", "je suis nul"). Parle-toi à voix haute — à la deuxième personne :

  • "Allez, tu gères. Un pas après l'autre."
  • "Tu as déjà fait le plus dur. Continue."
  • "C'est un creux, ça va passer."

Des études en psychologie du sport montrent que se parler à la 2e personne ("tu") est plus efficace que la 1re personne ("je") pour la régulation émotionnelle sous stress.

Technique 3 : changer de rythme

Quand tu t'enfonces dans le creux, casse la monotonie. Si tu courais, marche. Si tu marchais, essaie de trottiner 30 secondes. Mets de la musique si tu en as. Change de posture — redresse-toi, secoue les bras, roule les épaules. Le simple fait de changer quelque chose dans ta routine de course peut relancer le cerveau.

Technique 4 : manger, boire, consommer de la caféine

Une bonne partie des creux en ultra sont liés à la déshydratation, l'hypoglycémie ou le manque de sodium. Avant de conclure que "c'est fini mentalement", vérifie les basiques :

  • Bois : au moins 400-600 ml/h selon la chaleur
  • Mange : un gel, une barre, du solide si ton estomac le permet
  • Caféine : un gel caféiné ou un Coca peut relancer la machine. Garde tes cartouches de caféine pour ces moments-là, pas pour le début de course
  • Sel : une pastille de sel ou un bouillon au ravito

Tu serais surpris du nombre de "creux mentaux" qui sont en réalité des creux nutritionnels.

Technique 5 : relativiser

Le creux du km 80, c'est pas la fin du monde. C'est un moment. Il va passer comme les autres. Rappelle-toi :

  • Tu as déjà traversé des moments durs à l'entraînement
  • Des milliers de coureurs ont vécu exactement ça et ont terminé
  • Dans 2 heures, tu ne te souviendras même plus de ce passage
  • La ligne d'arrivée existe, et elle t'attend

Retour d'expérience : le creux de la nuit

Sur un ultra de montagne comme l'UTMB ou la Swiss Peaks, le creux arrive souvent avec la nuit. Tu passes de la lumière du jour à une frontale qui éclaire 10 mètres devant toi, la température chute, la fatigue s'installe. C'est le moment le plus critique.

Ce qui marche : rester avec d'autres coureurs (même sans parler, la présence aide), avoir une frontale puissante (voir loin rassure), et savoir que le lever du soleil change tout. Presque tous les coureurs d'ultra te diront la même chose : quand le soleil se lève, l'énergie revient.

En résumé

Le creux est normal, attendu, et temporaire. Ne prends aucune décision d'abandon dans un creux — attends le prochain ravitaillement. Découpe en micro-objectifs, parle-toi à voix haute, change de rythme, mange et bois, et rappelle-toi que ça passe toujours. Les finishers ne sont pas ceux qui n'ont pas eu de creux — ce sont ceux qui ont traversé le leur.

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